Logement et Famille - Revue n.337

Logement et Famille – 337

Résistances Locataires d’Hier et d’Aujourd’hui

Il y a, dans l’histoire populaire, des traces obstinées que le rouleau compresseur du libéralisme financier ne parvient pas à effacer. La résistance locataire en est une. Souvent minorée dans le récit national, elle parvient cependant à se faire entendre par les interstices de la mémoire militante, dans les archives collectives ou dans le récit du mouvement HLM…

Et même si elle fait rarement la une des journaux télévisés, elle se poursuit aujourd’hui, que ce soit dans la mobilisation contre les expulsions locatives, dans les luttes pour faire valoir une alternative aux plans de démolition, qui trop souvent rayent d’un coup de crayon la mémoire d’un quartier, ou encore dans les batailles quotidiennes pour le pouvoir d’achat.

Il y a plus d’un siècle, en pleine guerre, les femmes restées à l’arrière du front et veillant sur les familles, obtenaient qu’un moratoire sur les loyers soit appliqué. Et malgré la pression des propriétaires, le retour à la normale en 1918 s’avérera impossible : les baux seront prolongés, les loyers figés.
Les années passent, les crises se succèdent, mais les colères locataires demeurent, têtues. Ce combat pour un toit et pour une vie digne a forgé un pan essentiel de notre modèle social. Le logement social, dans son ambition première, est une conquête. Pas un don. Une victoire, arrachée, disputée, et toujours menacée.

De la loi Bonnevay à la loi Loucheur, des HBM aux HLM, du 1 % logement à la trêve hivernale, de la loi SRU à la loi DALO : c’est une histoire de rapports de force, de luttes, de convergences aussi, entre des élus progressistes, des syndicalistes, des mouvements sociaux et populaires.
Mais ce que les locataires ont conquis, les propriétaires ne cessent de vouloir le reprendre. Eux aussi ont leurs relais. À partir de 1977, l’aide à la pierre cède la place à l’aide à la personne.

C’est une rupture fondamentale dans les politiques du logement HLM. Par ce biais, il s’agit d’en finir avec un logement social et public, véritable ascenseur social, pour en faire un produit, un placement comme un autre, une variable d’ajustement du marché. Les lois se succèdent, favorisant la construction de logements privés au détriment de celle de logements sociaux. Les loyers et les charges explosent.

Dans les quartiers populaires, la « mixité » recule, les services publics de proximité disparaissent, les populations sont souvent abandonnées. Au lieu de s’interroger sur les ruptures d’égalité ainsi créées, certains, à droite ou à l’extrême droite, multiplient les discours culpabilisateurs, voire stigmatisants. Aujourd’hui comme hier, la violence sociale est omniprésente. (Extrait)

La revue d’information de la CNL N°337 – Mai 2025
Retrouvez la revue en téléchargement sur le site de la CNL.

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